Le testamour - Marc Soriano

Le testamour –  Marc Soriano (1918-1994) s’adresse dans un lumineux testament à sa fille Isabelle.

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Le testamour – Marc Soriano

croix de bois, croix de fer

T’ai-je vraiment promis de ne pas mourir ? A supposer que je me sois laissé arracher cette promesse, c’était pour t’empêcher de pleurer tel soir, c’était pour rire en somme.

 

Si je meurs, croix de bois, croix de fer, ce ne sera pas l’enfer, mais seulement dans une terre quelconque. Pourquoi ma mort serait-elle l’enfer pour toi ? J’ai tant aimé la vie, je t’ai tant aimée. Et je transformerais, moi, ta vie à toi en enfer ?

 

Je ne serai plus mais les choses et les gens que j’ai aimés avec toi resteront à tes côtés.

 

Cet amour, il était en toi, j’ai seulement essayé de le nourrir. Il est en toi comme une source de vie et ce feu ne s’éteindra pas quand je te quitterai.

 

Ma vie et ta force t’habiteront ; elles t’habitent déjà. Tu me portes de toutes tes forces ; si je meurs, je serai plus léger.

 

Après un temps de désarroi, tu apercevras que ce monde de chair et de larmes est aussi un monde de joie ; la beauté et l’amour y poussent partout par touffes. Laisse alors la vie t’envahir. Je ne te quitte pas ; je me suis confondu à cette partie de toi qui toujours s’émerveille.

 

“Pour Isabelle”

Le contexte dans lequel fut écrit le testamour

En 1978, Marc Soriano tombe gravement malade. Le philosophe français est alors frappé d’une maladie neuro-musculaire auto-immune. Il perd l’usage de la parole. Depuis son lit d’hôpital, il se lance dans une joyeuse correspondance métaphysique avec ses deux plus jeunes filles. Leurs échanges constituent le Testamour, sublime œuvre chorale autour de la vie, la mort et l’amour.

Pourquoi lire ce poème durant la cérémonie funéraire ?

A travers la voix du défunt qui s’exprime à son enfant, ce texte enterrement sera porteur d’optimisme et de résilience.

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